mardi 20 mars 2018

Le privilège d'aimer les garçons


 Si on m'avait proposé lorsque j'avais 15 ans de choisir entre l'homosexualité et l'hétérosexualité, j'aurais décidé sans la moindre hésitation d'être hétéro "comme tout le monde". On ne choisit pas un chemin sinueux semé d'embûches quand on a la possibilité d'emprunter la voie royale. Ce n'est pas de gaieté de cœur qu'on cherche à dissimuler qui on est vraiment, à camoufler ses sentiments et ses désirs les plus intimes, avec en permanence la peur au ventre, le visage qui rougit, les mains qui tremblent et les jambes qui fléchissent à la moindre allusion, à l'idée que le secret qu'on tente de cacher pourrait être dévoilé. Menteur, dissimulateur, fuyant, marchant tête baissée sans jamais oser regarder quelqu'un droit dans les yeux, bégayant, c'est ainsi que j'étais à l'adolescence. Ce n'était pas mon choix mais le résultat de l'image qui m'était imposée de moi-même à cause des sentiments que j'éprouvais à l'égard des garçons. Si on m'avait dit à l'époque que l'homosexualité était un privilège, un don du ciel, je ne l'aurais pas cru. Si on m'avait proposé une thérapie miracle, je l'aurais immédiatement acceptée.


 Quand un homme - généralement quelqu'un qui a un passé d'hétérosexuel - me dit qu'il est devenu homosexuel par choix, je ne me sens rien de commun avec lui. Je ne doute pas de son homosexualité ; elle est réelle puisque qu'il entretient des rapports sexuels avec d'autres hommes. Elle n'est toutefois pas de même origine ni de même nature que la mienne. C'est la raison pour laquelle je préfère en ce qui me concerne le terme homoromantique.

 Je n'évoque pas ici les hommes qui sont allés plus loin que moi dans la dissimulation, le déni de leur homosexualité, ceux qui ont cru de bonne foi qu'elle était passagère, ceux qui ont espéré que le mariage et la paternité les guérirait de cette "honteuse maladie". Leur parcours a souvent été plus douloureux que le mien et j'ai beaucoup de respect pour ces hommes dont je me sens très proches.


 Pour en revenir à mon propre parcours, je suis passé par la case dépression dont je me suis bien sorti eu égard au nombre de suicides beaucoup plus nombreux chez les jeunes homos que chez les hétéros du même âge. Il m'a fallu du temps, des années de travail sur moi-même, de réflexion, d'hésitation, avant de vaincre ma propre homophobie, la pire de toutes, et d'enfin m'assumer pleinement tel que j'étais.


 S'il m'était donné aujourd'hui de recommencer ma vie en choisissant mon orientation sexuelle, c'est sans hésitation que j'opterais pour être à nouveau homo. Car, aussi pénible que cela ait pu être, c'est grâce à l'homosexualité que je suis devenu celui que je suis, que j'ai forgé ma personnalité en dehors des sentiers battus. Ce n'était pas mon choix initial, c'est la nature qui l'a voulu ainsi, mais à présent, préférer les hommes aux femmes m'apparaît comme un privilège, un don du ciel...



D'abord je vais lui dire : "Maman,
Je n'veux plus dormir en pension."
Et puis je glisserai lentement
Sur les ravages de la passion.

Est-ce une maladie ordinaire,
Un garçon qui aime un garçon ?

J'essaierai de choisir mes mots,
Mais comment peindre un sentiment ?
Ce que je sais n'est pas nouveau.
Je me connais depuis longtemps.
En aucun cas préoccupé
Par les yeux ou les seins des filles,
Dans mes nuits j'étais la poupée
Qu'on habille et qu'on déshabille.

Est-ce une maladie ordinaire,
Un garçon qui aime un garçon ?

Derrière les murs de ce collège,
Ceux qui font tourner les manèges
Se sont-ils posé la question.
Y a t-il un Dieu qui nous protège,
Une préférence un privilège ?
Qu'est-ce qu'ils vont dire à la maison ?
Un garçon qui aime un garçon.

Est-ce une maladie ordinaire,
Un garçon qui aime un garçon ?

Depuis deux jours, je n'en dors pas.
Est-ce qu'ils m'accepteront encore,
Apprendre que leur enfant se croit
Etre un étranger dans son corps.
C'n'est pas comme avouer un mensonge.
D'ailleurs, je n'ai pas honte de moi.
C'est crever l'abcès qui me ronge
Et finir en paix avec moi.

Est-ce une maladie ordinaire,
Un garçon qui aime un garçon ?

Derrière les murs de ce collège,
Ceux qui font tourner les manèges
Se sont-ils posé la question ?
Y a t-il un Dieu qui nous protège,
Une préférence un privilège ?
Qu'est-ce qu'ils vont dire à la maison ?
Un garçon qui aime un garçon.
Y-a-t-il un Dieu qui nous protège,
Une préférence un privilège ?

A bientôt et, pensez-y, être Gay n'est pas triste !

4 commentaires:

  1. t'es d'humeur tendre! magnifique!!!

    mon dernier post:
    http://menforxersex.blogspot.it/2018/03/spring-printemps.html

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    1. Oui, c'est le côté romantique du blog.
      Bon printemps à toi, ami Xersex !

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  2. Philippe Poget20 mars 2018 à 11:55

    Jean,
    J'aime quand tu nous envoies de si tendres images figées ou animées. Je ne connaissais pas cette chanson de Michel Sardou, elle est magnifique, comme l'est ton post de ce jour. Xersex, en quelques mots, en a très bien su peindre l'atmosphère. merci, tout simplement merci.
    Belle journée dans tes Ardennes,
    Philippe, toujours ô bord du Léman

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    1. Bonjour, Philippe.
      C'est vrai que cette chanson n'est pas parmi les plus connues et les plus diffusées de Michel Sardou, et c'est dommage.
      Je te souhaite une bonne journée et un bon début de printemps, même si on n'en voit pas encore les traces.
      Bisous amicaux !

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