mardi 5 janvier 2016

C'est si peu dire que je t'aime


 La mélancolie du poète sexagénaire qui, se sentant vieillir, prend conscience que les jours lui sont mesurés et que les mots ne peuvent suffire pour déclarer son amour à la femme de sa vie, apparaît clairement dans "C'est si peu dire que je t'aime", publié par Louis Aragon en 1963 dans le Recueil "Le fou d'Elsa".


C'est en novembre 1928 que Louis Aragon rencontre Elsa Triolet qu'il épousera en février 1939 et qui deviendra sa muse. Il formeront un des couples mythiques de la littérature française jusqu'au décès d'Elsa en 1970.


 Mis en musique par Jean Ferrat, la chanson est éditée pour la première fois en 1965 dans l'album "Potemkine" et reprise en 1971 sur l'album "Ferrat chante Aragon".

Comme une étoffe déchirée
On vit ensemble séparés
Dans mes bras je te tiens absente
Et la blessure de durer
Faut-il si profond qu'on la sente
Quand le ciel nous est mesuré

C'est si peu dire que je t'aime

Cette existence est un adieu
Et tous les deux nous n'avons d'yeux
Que pour la lumière qui baisse
Chausser des bottes de sept lieues
En se disant que rien ne presse
Voilà ce que c'est qu'être vieux

C'est si peu dire que je t'aime

C'est comme si jamais jamais
Je n'avais dit que je t'aimais
Si je craignais que me surprenne
La nuit sur ma gorge qui met
Ses doigts gantés de souveraine
Quand plus jamais ce n'est le mai

C'est si peu dire que je t'aime

Lorsque les choses plus ne sont
Qu'un souvenir de leur frisson
Un écho des musiques mortes
Demeure la douleur du son
Qui plus s'éteint plus devient forte
C'est peu des mots pour la chanson

C'est si peu dire que je t'aime
Et je n'aurai dit que je t'aime

Après le décès d’Elsa, Aragon affiche son attirance sexuelle pour les hommes, que Drieu la Rochelle avait évoquée dès les années 1930. La découverte ou l’affirmation ostentatoire quoique tardive de l’attirance d’Aragon pour les hommes - sans qu’il soit clairement établi qu’il s’agissait de bisexualité ou d'homosexualité - apporte un éclairage singulier à la relation qu’il entretenait avec son épouse.


12 commentaires:

  1. C'est si peu dire que je t'aime aussi :)

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    1. dites moi si je comprends bien.... vous vivez tous les deux ensemble et vous partager vos deux blog...c'est çà ???
      Bisous à vous deux !

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    2. Oui, c'est à peu près ça. Nous vivons pour ainsi dire ensemble et le déménagement définitif de Damien chez moi est prévu pour la fin du mois de mars. Nous partageons le blog zobapapa qui a été créé par Damien et dont je m'occupe pour le moment car il est très pris par ses obligations professionnelles. A part inspirer le titre de celui-ci (il trouve que j'écoute des chansons "guimauve"), il ne s'en occupe pas du tout.
      Bisous à toi !

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    3. C'est une excellente nouvelle ! Tous mes meilleurs souhaits à vous deux !!
      Vos deux blogs sont très différents, c'est là tout le charme... et j'avoue que je suis très séduit par "guimauve" également, sans doute parce que c'est la nature de mon cœur amoureux... ;-)
      Bisous

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    4. Merci pour tes souhaits.
      Le concept de "Guy Mauve" est sans doute plus adapté à notre âge qu'à celui de Damien. Les chansons que j'évoque ici sont souvent d'un temps que les moins de 30 ans ne peuvent pas connaître :o)

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  2. Un coup de coeur (et non pas un coup de queue) pour la dernière photo de ton article ;)

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  3. très beau et émouvant de poème .
    Je découvre qu'Aragon aimait les hommes !
    de très belles illustrations !
    Bises !

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    1. J'ignorais moi aussi jusqu'il y a peu qu'Aragon aimait les hommes. Je ne connaissais de sa vie affective que sa mythique liaison avec Elsa Triolet.
      Bonne soirée !

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