mercredi 30 décembre 2015

Chanson pour un petit pédé


 D'après un rapport remis au Sénat français en 2013, 30 % des jeunes homosexuels de moins de 25 ans tenteraient de se suicider chaque année.

Toutes les études s'accordent à dire que ce n'est pas le fait d'être homosexuel qui conduit les jeunes au suicide, mais le comportement agressif des homophobes à l'égard des jeunes gays. Le sentiment d'exclusion et les moqueries incessantes accentuent leur mal-être identitaire. L'impression d'être différent peut conduire à la dépression, premier pas vers le suicide.

Ainsi, la majorité des suicides pour raison d’homosexualité sont dus au rejet familial et à la honte que ressentent face aux autres les jeunes homosexuels en âge de se découvrir tel quel. Rejet, incompréhension, peur sont autant de drames dans la vie de ces jeunes qui commencent leur vie avec un "handicap sexuel" inscrit en eux, avec cette particularité subie malgré eux, qui les rend "différents".


La chanson "Petit Pédé" de Renaud a été écrite au moment où l'auteur - sortant d'une cure de désintoxication - avait du mal à retrouver l'inspiration. Un soir, un ami homosexuel lui a demandé d'écrire une chanson sur les pédés, en échange de quoi il l'autoriserait à boire. Cet ami le tannait depuis plusieurs années pour qu'il écrive cette chanson et Renaud lui répondait toujours qu'après "Comme ils disent" de Charles Aznavour, il serait difficile de faire mieux. Ce soir-là, son ami a insisté en lui disant qu'il souhaitait non pas une chanson vue sous l'angle d'un travesti mais plutôt sur "le petit pédé de base anonyme, l’employé de bureau". Renaud lui a alors dicté les paroles de ce qui est devenu "Petit Pédé". Le lendemain, à la relecture de la chanson, il s'est rendu compte qu'il était encore capable d'écrire et a entamé l'écriture de "Docteur Renaud Mister Renard". Il a ensuite écrit les dix autres textes de son album "Boucan d'enfer", dont les deux premiers - "Boucan d'enfer" et "Elle a vu le loup" - avaient été écrits précédemment.



T’as quitté ta province coincée
Sous les insultes, les quolibets
Le mépris des gens du quartier
Et de tes parents effondrés

A quinze ans quand tu as découvert
Ce penchant paraît-il pervers
Qu’tu l’as annoncé à ta mère
J’imagine bien la galère !

Petit pédé…

T’aurais été noir, pas d’lézard
Besoin d’l’annoncer à personne
Mais c’est franch’ment une autre histoire
Que d’avouer « j’aime les hommes »

C’est pas d’ta faute, c’est la nature
Comme l’a si bien dit Aznavour
Mais c’est quand même sacrément dur
A l’âge des premières amours

Petit pédé…

Pis toute sa vie à faire semblant
D’être « normal », comme disent les gens
Jouer les machos à tout bout d’champ
Pour garder ton secret d’enfant

Dans le p’tit bled d’où tu viens
Les gens te traitaient pire qu’un chien
Il fait pas bon être pédé
Quand t’es entouré d’enculés

Petit pédé…

A Paris, tu as débarqué
Dans les backrooms du Marais
Dans ce ghetto un peu branché
Tu as commencé à t’assumer

Pour tous les homos des bars gays
Tu étais un enfant perdu
Tu as été bien vite adopté
Même si c’était pour ton cul

Petit pédé…

Tu t’es laissé aller parfois
A niquer plus que de raison
C’est ta liberté, c’est ton droit
T’as heureus’ment fait attention

Tu t’es protégé de ce mal
Qui a emporté tant de tes potes
Face à ce virus infernal
Tu sortais jamais sans capotes

Petit pédé…

Bientôt tu trouveras un mec
Un moustachu ou un gentil
Alors tu te maqu’ras avec
Pour quelques jours ou pour la vie

Rêv’rez peut-être d’un enfant
Y’en a plein les orphelinats
Sauf que pour vous papa-maman
C’est juste interdit par la loi

Petit pédé…

Tu seras malheureux parfois
La vie c’est pas toujours le pied
Moi qui ne suis pas comme toi
Le malheur j’ai déjà donné

Qu’on soit tarlouze ou hétéro
C’est, final’ment, le même topo
Seul l’amour guérit tous les maux
Je te le souhaite et au plus tôt

Petit pédé, petit pédé…

8 commentaires:

  1. Bonjour l'ami!

    Je constate en effet que nous avons été assez inspirés chacun à notre manière par une thématique commune!

    Je te souhaite un bon réveillon et tous mes meilleurs voeux pour l'année à venir!

    A bientôt ;)

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    1. Merci, Sweet lovely boy. La fête fut bonne et j'espère que la tienne le fut tout autant.

      A bientôt.

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  2. jaime la dernière image, bien juteuse

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    1. Merci et que tes plaisirs soient les plus juteux possible tout au long de l'année.

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  3. bonjour et bonne année à tous ! je découvre par hazard ce site, sympa, intéressant ! le problème des jeunes reste le mème, bien qu'ils soient informé par internet. a mon époque, en campagne, c'était aussi très difficile. j'ai commencé ma belle vie intime après 50 ans, coming-out à 65 ! je raconte ma vie dans mon livre, sorti aux éditions beaudelaire, de lyon = badinguet, une vie et tant de secrets !

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  4. Bonjour et bonne année à vous aussi. Il est vrai qu'à notre époque, on ne parlait pas de l'homosexualité comme on le fait aujourd'hui. Quand on en parlait, c'était à mi-voix et de manière peu élogieuse. Les homosexuels dont on n'avait que quelques rares exemples étaient présentés comme des malades mentaux auxquels on n'avait absolument pas envie de s'identifier. Aujourd'hui, l'homosexualité est banalisée. On en parle partout et, grâce à Internet, les jeunes peuvent accéder à toutes les informations possibles, les pires comme les meilleures. Il n'empêche que les préjugés sont tenaces. Les intégrismes et l'intolérance qui les accompagnent font leur retour en force depuis quelques années, laissant les jeunes fort démunis s'ils ne sont pas compris et soutenus par leurs familles ou leurs amis les plus proches.

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